Enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et Iassassinées – le rapport est déposé

Il aura fallu plus d’un millier de pages dans un rapport d’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées pour sensibiliser et éveiller les populations du Québec et du Canada à ce que vivent et ont vécu les femmes et les filles autochtones sur le territoire de la province et du pays.

Ce rapport a été déposé aux représentants du gouvernement fédéral lundi 3 juin, au Musée de l’histoire à Gatineau au Québec. La cérémonie de clôture de cette enquête nationale a été scandée par des chants, des danses de tradition autochtone pour souligner ce sentiment encore bien vivant d’appartenance, de croyance, de foi dans la capacité des peuples autochtones à reprendre leur place, leur droit, et à se redonner leur pouvoir sur leur territoire.

Quatre commissaires, dont Michèle Taïna Audette, représentante pour le Québec, sous la présidence de Marion Buller, ont reçu et rencontré 1484 membres de famille et de survivantes qui ont livré leur témoignage.

819 personnes ont partagé par expressions artistiques. 83 experts, Gardiens du savoir et représentants gouvernementaux ont témoigné. Il y a eu 15 audiences communautaires, et 9 audiences de Gardiens du savoir, d’experts et de représentants des institutions pour établir un constat dur et critique, appuyé sur des faits, pour dénoncer ce que le rapport nomme à 122 reprises de génocide. Les gouvernements sont frileux à adopter ce discours pourtant bien étoffé et alimenté de multiples témoignages de partout des femmes, filles et familles Autochtones à travers le pays. Cette dénonciation a d’ailleurs été douloureuse pour bon nombre de témoins ayant vu ou vécu cette violence et cet abandon des autorités qui pouvaient leur venir en aide.

Des femmes et des filles d’ici et d’ailleurs au pays : combien ont subi des sévices et des violences non répertoriés parce que le système en a convenu ainsi. Combien se sont entassées dans cette misère morale, physique, psychologique, culturelle sans soutien de ceux et celles qui devaient les protéger … les gouvernements.

Ç’aura été un long processus, une enquête commencée en 2016 qui aurait nécessité d’ailleurs, beaucoup plus de temps mais … l’administration et le politique en décident souvent autrement. Plusieurs embûches ont ralenti cette enquête fort difficile à mener, par souci d’empathie, de compréhension et d’écoute de ces douleurs et de ces souvenirs refoulés ou non dits.

Le rapport

Ce rapport reflète le travail exceptionnel de la part des commissaires. Pour faire face à ce rapport dévastateur, les commissaires posent 231 recommandations, dont une trentaine juste pour le Québec. Quelques exemples de recommandations:

• En partenariat avec les peuples autochtones, concevoir puis déposer un plan d’action national visant à mettre en oeuvre les conclusions de l’enquête.

• Créer un poste d’ombudsman national des droits des autochtones et des droits de la personne. L’ombudsman aurait l’autorité de mettre sur pied un tribunal national.

• Mettre sur pied une unité d’enquête spéciale sur les omissions d’enquêter, les inconduites policières, et les pratiques discriminatoires.

• Intégrer au programme scolaire un volet d’enseignement sur les réalités autochtones historiques et contemporaines.

Ici au Québec

Un rapport complémentaire de 180 pages est consacré exclusivement au Québec. La commissaire Michèle Taïna Audette, originaire de la Cête-Nord, a milité dès le début de son mandat pour la production d’un rapport d’enquête portant spécifiquement sur le Québec. Cette demande n’était pas étrangère à la Commission Vérité et Réconciliation menée de 2007 à 2015. Celle-ci était davantage axée sur les pensionnats autochtones qui ont provoqué de grands ravages dans l’identité des Premières nations, et chez les innus entre autres, pour leur avoir soustrait leur langue, leurs croyances, leur culture, leurs habitudes et même leur territoire.

Le fait que la province dispose de plusieurs ententes tripartites entre l’État québécois, Ottawa et les nations autochtones du Québec a aussi joué dans la décision de la Commission. Par ailleurs, le Québec est avec l’Ontario l’une des seules provinces du Canada qui dipose de son propre corps policiers, soit la Sûreté du Québec. La particularité de la langue a aussi pesé dans la balance. Enfin, les pensionnats autochtones ont été fermés plus tard au Québec qu’ailleurs au Canada, de sorte qu’il y a davantage de générations qui en souffrent encore aujourd’hui.

Michèle Audette, commisssaire de Uashat mak Mani-Utenam, a été la commissaire responsable de cet écoute de l’expression des Autochtones du Québec dans les différentes communautés d’Ouest en Est. Souvent c’est un même constat : les femmes et les filles autochtones sont victimes de préjugés, et sont mal protégées par les autorites. Un constat difficile à admettre sans les récits de gens courageux qui ont voulu témoigner de ce vécu ayant marqué leur existence. Des comportements de violence résultent souvent de cette transmission de violence, d’abus, d’incompréhension que des générations se sont transmises par manque d’appui, de ressources, de respect de leur droit, de leur autonomie à s’assumer comme peuple identitaire.

La suite du dépôt du rapport

Mis au grand jour, ce rapport risque d’être troublant et de questionner les différents gouvernements, tant fédéral que provincial. Ces gouvernements, responsables du bien être de tous les gens du pays ou du territoire, devront bien prendre acte de ce rapport, qu’ils soient en accord ou pas, interpellés ou pas. Certains voudront le minimiser, consentir à une action mais sans plus… Selon Martine Biron, chroniqueuse parlementaire à Radio-Canada, ce rapport sur l’Enquête des femmes et des filles autochtones disparues et assassinees, bien qu’important et primordial dans une société juste et démocratique risque peu ou pas d’être un enjeux électoral aux prochaines élections fédérales à l’automne.

Que reste-il ?

Bien certainement les gouvernements ont des actions à entreprendre pour la protection des citoyen.ne.s et celle de tou.te.s les citoyen.ne.s dont ceux des Premières nations, Métis et Inuit, c’est leur rôle et ce pourquoi ils et elles ont été élu.e.s.

Reste que nous existons, la mobilisation citoyenne ! Maintenant que nous comprenons différemment les faits, il reste à chaque personne de participer à ce changement pour que les communautés puissent vivre en harmonie dans le respect des uns et des autres. Ces commissions sont souvent un moment de réflexion nécessaire, dont nous avons besoin pour poursuivre la route.

Pour en savoir plus : www.mmiwg- ffada.ca/

Sur le site officiel de la Commission, un sommaire de 137 pages.

Le rapport intégral en 2 volumes, un total de 1200 pages.

Un rapport complémentaire – Québec – 180 pages.

Un rapport supplémentaire – génocide – 49 pages.

De très nombreux vidéos extraits des audiences.

Des explications sur le déroulement de la commission, et réponse à toutes les questions.

Nicole Lessard

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